Les pays Africains jouent-ils un rôle central dans les relations internationales ?

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Trois choses essentielles structurent la bataille sur la scène internationale à savoir la terre, l’énergie et les voies d’accès. Il est donc question de comprendre que tous les conflits auxquels nous assistons sur la scène internationale ont en toile de fond ces trois éléments fondamentaux de la géostratégie.

La crise au Sahel n’est pas en reste, il s’agit du contrôle de l’énergie à travers notamment l’uranium du Niger, la bauxite en Guinée, mais il y a également la voie d’accès, le trans-aérien qui est la voie d’accès qui permet justement de transporter ressources de l’Afrique vers d’autres parties du monde, notamment l’Occident.

Nos dirigeants ont totalement abandonné volontairement cet aspect des choses. La conséquence logique, ce sont les autres qui font l’exploration et vous disent si vous avez du pétrole, si vous avez du gaz, si vous avez du manganèse et en quelle quantité. Dans ces conditions-là, comment est-ce que ces richesses peuvent profiter aux populations ? Nous aurions donc tout fait pour avoir de grandes écoles de formation, notamment dans le secteur minier, dans le secteur du pétrole, dans le secteur du gaz, pour pouvoir avoir nous-mêmes instruments d’exploration et nos instruments de mesure.

Le deuxième problème que nous pouvons noter, et c’est le plus grave, c’est que même les ressources que nous avons, nous sommes la seule partie du monde où ce sont les acheteurs qui fixent les prix d’achat. Et pour vous démontrez, on va prendre une fois de plus l’exemple de l’uranium du Niger. Dans une enquête publiée en 2010 par l’hebdomadaire financier Les Afriques, on découvre que le Niger a perdu 20 milliards d’euros entre 1960 et 2010, dû au faible prix d’achat de son uranium par la société française Areva (Orano aujourd’hui).

Il faut dire que pendant cette période, le kilogramme de l’uranium du Niger était acheté par Areva à 27300 francs CFA, quand le cours moyen mondial se situait à 122000 francs CFA. Faites vous-même rapidement les calculs et vous verrez la différence.

Cet exemple de l’uranium du Niger nous démontre très bien comment nous autres Africains, nous avons choisi de vivre dans une pauvreté auto-entretenue. Comment pouvez-vous avoir des richesses que vous décidez de brader, pendant que vos populations meurent de faim. C’est juste irréaliste.

Aux côtés de l’uranium, il y a d’autres produits. Le pétrole africain est toujours acheté au prix le plus bas. D’ailleurs, dès qu’il y a un choc pétrolier, les pays qui en pâtissent en premier, ce sont les pays africains producteurs de pétrole, puisque la plupart de nos budgets dépendent essentiellement de nos produits de rente. Alors que d’autres pays producteurs de pétrole ont la marge de manœuvre. L’Arabie Saoudite décide quand, à qui, et à combien il veut vendre son pétrole ou son gaz.

Il en est de même pour le Qatar. Mais en Afrique, malheureusement, nous n’avons pas notre mot à dire. C’est la même chose dans le secteur du cacao. La Côte d’Ivoire et le Ghana, qui sont pourtant les deux premiers producteurs de cacao au monde, n’ont presque rien à dire quant à la fixation des prix du cacao sur la scène internationale. Et même quand ils essaient d’avoir des velléités pour rediscuter les prix, ils sont rapidement rattrapés par la triste réalité qui veut que l’Afrique est encore très faible dans le commerce international. Et comme nos États dépendent essentiellement de cette culture de rente, on se retrouve en train de brader du cacao pour faire de la Suisse, de la Belgique, des grands producteurs de chocolat, et une fois de plus, de l’Afrique, des simples consommateurs.

Depuis le Coup d’Etat qui a renversé Mohamed Bazoum, on a entendu beaucoup de choses et tellement de contre-vérités. Des analystes sortis de nulle part essaient de minimiser l’apport du Niger dans la fourniture de l’uranium en Europe en général et en France en particulier. On essaye de nous démontrer que l’Europe pourrait se passer de l’uranium du Niger. Alors que jusqu’en 2021 encore, le Niger était le premier fournisseur d’uranium de l’Union européenne, avec 24,26% des importations, devant le Kazakhstan, avec 22,99%, et la Russie, avec 19,69%.

L’Afrique détient un tiers de la réserve mondiale des platinoïdes, à savoir le coltan et le cobalt. 70% de tantale, qui est un métal très rare qu’on utilise généralement dans la chimie. Le continent africain regorge de sources d’énergie très variées, réparties dans des zones distinctes : abondance d’énergies fossiles (gaz en Afrique du Nord, pétrole dans le golfe de Guinée et charbon en Afrique australe), bassins d’eau en Afrique centrale, (5) gisements d’uranium ; rayonnement solaire dans les pays sahéliens et capacités géothermiques en Afrique de l’Est. Le paradoxe est cependant que, bien que le continent soit une puissance énergétique de par ses ressources, il n’est qu’un nain électrique en termes de consommation. La population africaine équivaut à 18% de la population mondiale, mais ne consomme que 4% de l’énergie produite.

L’Afrique abrite 10% des réserves mondiales de pétrole, 7 % de  gaz naturel, 40 % d’or, 10% de diamants et 75 % de platine. Les pays africains sont leaders dans la production de métaux industriels tels que le cuivre et le minerai de fer. Au total, l’Afrique contrôle environ un tiers des ressources minérales restantes de la planète.

Certes, la théorie économique suggère que l’Afrique devrait connaître une croissance rapide. Le continent est  si vaste  que la Chine, l’Inde, les États-Unis, le Japon et la majeure partie de l’Europe pourraient tous tenir à l’intérieur de ses frontières. L’Afrique abrite également  60 % des terres arables incultes de la planète, ce qui en fait la région la mieux placée pour nourrir une population mondiale en plein essor.

Avec un âge médian de 19,5 ans, l’Afrique possède la population active la plus jeune et la plus dynamique au monde, devant même  l’Inde et la Chine. Le continent abrite déjà 18% de la population mondiale et ce chiffre va continuer de croître.

Par quel miracle, l’Afrique peut avoir toutes ses richesses et rester le continent le plus pauvre de la planète ? Il est important que les Africains se réveillent, que les peuples africains se réveillent, et exigent plus de transparence dans la gestion de leur richesse, parce qu’il s’agit effectivement de leur richesse.

Depuis longtemps, de nombreux économistes affirment que l’Afrique sera le continent du 21ème siècle. Les raisons en sont connues : les terres arables, les ressources minérales inexploitées et le boom démographique. Ce sont autant d’atouts, mais on peut légitimement penser que tout cela implique de nombreuses difficultés. L’une des plus grandes lacunes de l’Afrique subsaharienne réside dans l’accès à une électricité fiable – un problème plus urgent que jamais en raison du recours croissant à la technologie pour le travail.

Nous ne pouvons plus rester à l’écart de la gestion de nos richesses. Des jeunes africains meurent tous les jours parce qu’ils sont en train d’essayer de traverser le désert ou la Méditerranée à la quête d’un avenir meilleur, alors que tout se trouve sur le sol africain.

Toutes ces puissances aujourd’hui qui se gargarisent d’être les maîtres du monde, n’ont en réalité pas autant de richesses que l’Afrique. Elles ne sont des puissances que parce que jusqu’à présent, elles spolient l’Afrique, et à titre de comparaison. La différence, c’est que dans les autres parties du monde qui ont le même potentiel du sous-sol que nous, ils ont une certaine souveraineté sur leur richesse.

Les pays Africains subissent les politiques des autres puissances

L’Afrique est en grande partie dépendante de l’exploitation de ses ressources naturelles, telles que les minéraux, le pétrole et le gaz. Cependant, elle ne contrôle pas efficacement ces ressources et subit des prix dictés par les acheteurs étrangers, ce qui limite sa capacité à bénéficier pleinement de sa richesse. Les ressources sont souvent exploitées par des entreprises étrangères qui décident des conditions, ce qui nuit aux intérêts économiques du continent. 

Les pays africains ont un faible poids dans les relations internationales du fait qu’ils ne maîtrisent pas assez de technologies suffisantes pour transformer et contrôler les ressources de leurs territoires de façon souveraine. Cette faiblesse dans les relations internationales rend l’Afrique vulnérable aux politiques des autres puissances.

Référence :
L’importance de la géopolitique et la géostratégie dans les relations internationales – Jules Domche (Voxafrica)

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