Au cours de ce demi-siècle, les caractéristiques fondamentales de ces pays ont radicalement changé, passant de territoires de pêche, de cueillette, de commerce et de piraterie à des pétro-monarchies engagées dans la transition vers des pôles métropolitains d’influence mondiale.
Les pays arabes du Golfe sont souvent définis, avec une certaine veine polémique, par le terme « monarchie pétrolière ». De même, les richesses dont ils disposent, notamment celles provenant de leurs fonds souverains respectifs, sont appelées « pétrodollars ». Dans l’imaginaire commun, si l’on demande à penser à ces pays, le premier scénario qui vient à l’esprit est constitué par des fleuves de pétrole exportés dans le monde entier en échange de fleuves d’argent tout aussi conséquents.
Il faut reconnaître qu’au cours du siècle dernier les énormes réserves de pétrole et de gaz naturel présentes sur les territoires des monarchies arabes du Golfe ont été un facteur déterminant dans leur histoire.
L’indépendance a marqué le début d’une puissante croissance économique pour les pays arabes du Golfe, qui les a fait passer, en quelques décennies, de la périphérie de l’Empire britannique à un pôle d’attraction mondial. Le pétrole et le gaz naturel ont sans aucun doute été le carburant qui a permis une telle ascension ; l’extraction et la vente de ces produits sur le marché ont constitué l’intégralité de leurs économies. Néanmoins, d’autres régions du monde peuvent se vanter d’avoir autant de richesses naturelles sans avoir pu s’approcher de leur succès. En effet, ce n’est pas seulement la présence d’importantes ressources en hydrocarbures qui a assuré la prospérité des citoyens de ces pays : un rôle tout aussi central a été joué par la manière dont les dirigeants locaux ont géré l’arrivée croissante des pétrodollars.
Pour garantir la stabilité interne, ces pays ont signé avec leurs citoyens un pacte social aussi clair dans sa simplicité qu’efficace dans sa mise en œuvre : la prospérité de chaque citoyen, garantie par les revenus économiques issus de l’extraction du pétrole et des ressources naturelles gaz, en échange de l’obéissance au modèle autocratique. Ce dernier aurait donc garanti le flux constant des richesses en contrôlant le marché international des hydrocarbures en cartel avec les autres pays producteurs à travers l’OPEP.
Pour comprendre pourquoi, ces pays n’ont pas connu, pendant les années de la guerre froide et au-delà, l’instabilité politique endémique des autres pays arabes, il suffit de voir à quel point la barre du PIB par habitant a grimpé en flèche en l’espace de quelques décennies, conduisant les citoyens de ces pays à l’un des niveaux de vie les plus élevés au monde. Un véritable “bien-être pétrolier”, qui a assuré la stabilité, mais qui exige désormais que ces pays maintiennent un niveau de vie élevé, même dans un avenir post-pétrolier.
Pourquoi beaucoup de pays Africains ont échoué là où les pays arabes du Golfe ont réussi
La qualité de leadership
La qualité de leadership semble être le facteur déterminant qui explique pourquoi les dirigeants des pays arabes du Golfe ont réussi là où les dirigeants Africains ont échoué. D’un côté, on a des dirigeants éveillés qui gèrent efficacement les revenus du pétrole et du gaz afin d’assurer la prospérité de leurs populations. Et en Afrique, on a des dirigeants qui ont des visions bancales et qui sont souvent motivés par leur propre intérêt personnel et non par celui de leur peuple. Si les institutions politiques sont organisées comme extractives et concentrées entre les mains d’une élite restreinte, alors les institutions économiques ne serviront qu’à permettre aux élites dirigeantes d’extraire le maximum de richesse pour elles-mêmes.
Un avenir post-pétrole en diversifiant leurs économies
Il est communément admis que ces économies sont particulièrement fragiles car liées aux fluctuations des prix des hydrocarbures sur le marché. Pourtant, en cinquante ans d’indépendance, les caprices des marchés internationaux ne semblent pas avoir enrayé l’essor économique des pays arabes du Golfe. Ce qui inquiète plutôt les gouvernants de ces pays, c’est le moyen et le long terme. Si autrefois la principale crainte pouvait être l’épuisement des ressources internes, aujourd’hui le scénario le plus probable est que le pétrole et le gaz naturel deviennent des ressources de plus en plus obsolètes et en marge de l’économie mondiale, un processus de plus en plus impulsé par la lutte contre le changement climatique provoqué par la “pollution”.
Le processus de reconversion de l’économie et de la société est en cours depuis trente ans et ce n’est pas un hasard s’il a coïncidé avec un boom immobilier massif qui a touché des villes comme Dubaï ; pour se rendre compte de l’ampleur du changement, il suffit de regarder une photo de la ville en 1989 et de la comparer avec celle d’aujourd’hui. La création, essentiellement ex nihilo, de grandes métropoles internationales a été le premier geste adopté par ces pays comme toute une série de fronts d’intervention issus de l’expansion urbaine qui ont fait de ces villes nouvelles des points de plus en plus importants dans les domaines les plus divers, de la finance faire du sport. Ce processus a été rendu possible, comme prévu, grâce aux fonds provenant de l’exportation des hydrocarbures.
La deuxième phase donc, rapportée dans les différents documents Vision 2030 élaborés par les gouvernements des pays arabes du Golfe, consiste à se libérer définitivement de la dépendance économique au pétrole et au gaz naturel, secteurs encore prédominants dans les économies de ces pays, malgré les investissements et les efforts consentis. Pour ce faire, l’espoir est que la création de nouveaux secteurs économiques entamée dans la phase précédente commence à porter les fruits espérés, transformant ces pays de monarchies pétrolières en pôles urbains mondiaux modernes sur le modèle de Singapour.
Le livre d’Irfan Shahid explique le développement économique dans les pays du Golfe.